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GEAB N°76 (15 juin 2013) - Sommaire

Alerte second semestre 2013 – Crise systémique globale II : seconde déflagration dévastatrice / explosion sociale à l’échelle planétaire

Un choc de type Lehman en 2008, départ symbolique de l’incendie et surtout prise de conscience généralisée de la situation, n’a pas encore eu lieu. Ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle car avec le temps la situation ne cesse de s’aggraver et ce n’est plus un choc auquel il faut se préparer mais une déflagration dévastatrice… (page 2)

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UE 2014-2015 : après les élections au Parlement européen, le bras de fer entre Parlement et Conseil européen favorise la montée de l’Euroland

L’architecture institutionnelle de l’UE a toujours été, depuis le début du processus d’intégration européenne, fondée sur le sable mouvant de la réalité politique. Si l’on ne fait que regarder un instant donné, on pourrait être amené à croire que la structure est solide, bien ancrée dans les traités européens. Mais la réalité est tout autre… (page 11)

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Le monde en 2030 – Diversification / infrastructures / éducation : anticiper la capacité de rebond post-crise d’une économie

S’il est nécessaire d’avoir une vision des événements à court terme pour naviguer dans cette crise d’ampleur séculaire, il ne faut toutefois jamais perdre de vue le panorama général des transformations du monde, tel que nous le rappelons régulièrement dans le GEAB. C’est la raison pour laquelle il est important de ne pas oublier les tendances de fond qui façonnent une société sur le long terme, c’est-à-dire sur plusieurs décennies (20 à 30 ans)… (page 15)

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Gouvernance Mondiale – Le rapprochement Euro-BRICS au service de la mise à niveau du système ou comme matrice d’un nouveau modèle ? Les institutions de la gouvernance globale théoriquement en charge de gérer la crise qui affecte la planète depuis maintenant 5 ans sont-elles structurellement capables d’engager les réformes nécessaires pour créer les conditions d’une amélioration de leur efficience ?… (page 27)

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Recommandations opérationnelles et stratégiques

Cash / pétrole / bourse / obligations… (page 30)

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Le GlobalEurometre - Résultats & Analyses

Le questionnaire de ce mois reflète une inquiétude élevée mais plutôt constante quant aux indicateurs économiques, à l’exception notable près du risque de faillites bancaires qui se précise à nouveau… (page 33)

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Eurorings - Réinventer la géographie institutionnelle de l’UE
Note de synthèse séminaire Eurorings 1 (Paris, 15 avril 2002)
15/04/2002


INTRODUCTION

Un peu après l’introduction de l’Euro, un peu avant l’élargissement aux Pays d’Europe Centrale et Orientale, et au moment où l’ensemble des acteurs de la construction européenne se lance dans une réflexion sur la réorganisation en profondeur du système institutionnel de l’UE, Europe 2020 qui contribue activement par son travail d’anticipation à cet effort depuis 1998, fait une proposition concrète.

Se fondant sur le double impératif de démocratisationet de réorganisation institutionnelle de l’UE, cette proposition consiste à ancrer la réflexion en cours dans une remise en question de la base de toute entité politique : ses ieux de pouvoir, ses capitales institutionnelles.

La question est simple : le triangle institutionnel Bruxelles-Strasbourg-Luxembourg constitue-t-il le meilleur siège de l’UE au 21° siècle ? Les raisons qui ont présidé au choix de ce triangle institutionnel il y a 50 ans sont-ellestoujours valables ? Les contraintes politiques et économiques actuelles n’imposent-elles pas de repenser ce choix d’origine ? Les nouvelles possibilités offertes par les évolutions technologiques n’imposent-elles pas de repenser les solutions trouvées autrefois ? Que pourrait-on gagner à lancer ce débat ?

L’hypothèse est la suivante : à l’heure de l’Internet et des TGV, à l’heure du travail en réseau, à l’heure où les institutions doivent absolument se rapprocher des citoyens, ne serait-il pas souhaitable de déconcentrer / déployer le système institutionnel de l’UE sur un cercle de villes capitales au cœur de l’UE ?

Europe 2020 s’intéresse à l’aspect géographique de la restructuration fondamentale de l’UE depuis déjà plusieurs années. Il est clairement apparu depuis deux ans que le réexamen de cette hypothèse géographique n’était plus un « tabou » et pouvait faire l’objet d’un débat rationnel et prospectif ; d’où ce séminaire regroupant les acteurs concernés au premier plan par un tel débat : représentants des villes et régions et opérateurs technologiques.

Le succès des travaux a fait la preuve qu’Europe 2020 avait vu juste : un partenariat prestigieux pour le lancement du projet avecla Ville de Paris qui décide de soutenir et d’accueillir l’opérationà l’Hôtel de Ville ; et plus de 30 participants qui acceptent de s’impliquer dans le débat etde lancer de manière constructive le projet Euro-Ring comme groupe fondateur : représentants élus de villes comme Londres, La Haye, Francfort et Paris, aux côtés de responsables de structures comme Thalys, Andersen, l’Union Internationale des Chemins de Fer, le Réseau des Villes Numériques, EDF, …

Les débats qui ont retenu les participants une journée entière ont permis de couvrir les principaux thèmes fondateurs de la réflexion : la nouvelle donne politique en Europe, les évolutions en matière de transports et de mobilité géographique, les évolutions en matière technologique et de mobilité intellectuelle,l’analyse de l’impact économique d’un éventuel déploiement de la géographie institutionnelle de l’UE. Ce séminaire visait avant tout à définir les conditions de développement du débat autour de la localisation géographique des institutions européennes et d’initier une série de travaux pour la période 2002-2003 afin d’étudier les conditions de faisabilité d’un tel projet de restructuration.

Ce compte-rendu synthétique de la journée de débat s’organise autour de 6 parties :

I- Rationaliser une évolution géographique déjà en cours – Quelques arguments décisifs

II- Donner à l’UE des capitales crédibles pour répondre aux défis du 21° siècle

III- Tirer parti des possibilités nouvelles offertes par les nouvelles technologies

IV- Admettre que le choix des capitales est déterminant pour la nature d’une entité politique

V- Identifier une convergence d’intérêt autour d’Euro-Rings

VI- Lancer opérationnellement le projet Euro-Rings

Il fait l’objet d’une diffusion en direction de quelques 2.000 personnes, représentants des institutions, des collectivités locales, et opérateurs privés concernés au premier plan par le projet, regroupés sur une liste de diffusion créée à cet effet avant le séminaire.

I- Rationaliser une évolution géographique déjà en cours – Quelques arguments décisifs

Le projet qu’Europe 2020 tente aujourd’hui d’initier ne constitue pas une révolution en tant que telle. En effet, un processus de déploiement géographique du système institutionnel communautaire est de fait en cours depuis plus d’une décennie ; mais il est important aujourd’hui d’en prendre conscience pour pouvoir analyser cette tendance, la prolonger et l’encadrer de manière rationnelle.

Cette tendance est décelable dans plusieurs événements d’une nature nouvelle en matière de localisation de nouveaux lieux de pouvoir dans l’UE :

- Le choix de Francfort comme ville d’accueil de la Banque Centrale Européenne est la manifestation la plus explicite de cette tendance. En effet, compte des tenu des choix faits à l’origine de la construction , une institution aussi importante que la BCE aurait dû être automatiquement localisée dans l’une des 3 villes du triangle institutionnel. Or cette possibilité n’a même pas été évoquée. Il allait de soi qu’il fallait trouver la « meilleure ville » pour une Banque Centrale de l’UE. Et il est intéressant d’analyser les conditions du choix de l’Allemagne et de Francfort qui s’est imposé comme une sorte d’évidence autant pour les européens (jugeant la fonction finance compatible ave l’image de l’Allemagne) que pour les allemands (accueillant avec intérêt et fierté cette fonction de l’édifice institutionnel communautaire).

- Le détachement de certaines fonctions de la Commission européenne et leur délocalisation vers des villes « périphériques » est un autre signe, plus ancien déjà (fin des années 80), de cette tendance des institutions communautaires à se rapprocher les citoyens européens. L’agence européenne de l’environnement, … ont donc été envoyées à Copenhague… dans le but double de faire mieux coïncider fonctions institutionnelles et vocations nationales et de casser l’image de « Tour d’Ivoire » de l’institution.

- Il faut noter que même à l’époque des Pères Fondateurs, le choix de la capitale de la CEE ne s’était pas porté sur une ville unique ; dès l’origine, la nature même de la Communauté européenne imposait donc le concept de réseau de capitales. Néanmoins les besoins et les possibilités dans ce domaine ont tellement évolué en 50 ans que ce serait presque trahir l’esprit des Pères Fondateurs que de ne pas les prendre en compte dans le cadre d’une réflexion sur la réorganisation institutionnelle de l’UE.

- Les évolutions technologiques (TGV, Internet…) renforcent paradoxalement les pôles naturels d’activité et de pouvoir. Elles jouent en faveur d’une décentralisation réelle mais au sein d’un espace sans frontières où ce sont les pôles d’activité les plus dynamiques et les plus puissants qui s’affirment comme les nœuds incontournables des flux de savoir, de puissance, d’influence, de finances, de culture. Cette évolution accroît la distance entre ces villes-mégapoles » ‘nodales’ et les autres, illustrant combien les institutions européennes se marginalisent de facto en étant localisées hors de ce circuit.

- Du côté du secteur privé, on constate que de plus en plus de multinationales ont fait le choix d’avoir plusieurs sièges, dédiés à différentes tâches (RD, clients, production, …), dans des villes et pays différents, adoptant le mode de fonctionnement en réseau. On constate même dans le cas de Shell qu’après réflexion, cette société a décidé de conserver son double-siège social (Londres et La Haye) issu de son histoire néerlando-britannique ; plutôt que d’en avoir un seul. Sachant que le secteur privé, contraint par des facteurs objectifs de rentabilité et d’efficacité, constitue un bon indicateur des évolutions dans les modes d’organisation et de travail, il est légitime de se demander dans quelle mesure les raisons de cette évolution ne seraient pas valables pour les institutions publiques européennes également.

II- Donner à l’UE des capitales crédibles pour répondre aux défis du 21° siècle

Ces évolutions d’un genre nouveau correspondent incontestablement à un changement de nature, par ailleurs admis par tous, de l’entité européenne en tant que telle et de son environnement naturel. Il est indéniable qu’entre la Chute du Mur de Berlin, le Traité de Maastricht, le passage à l’Euro et bientôt l’élargissement à plus de 25 membres, l’Union européenne ne correspond plus en rien à la Communauté économique des années 50. La puissance économique qu’est devenue l’Europe grâce au succès du projet des Pères fondateurs a profondément changé la nature de l’entité, des défis auxquels elle doit désormais se mesurer et par conséquent des outils dont elle doit se doter.

Parmi ces défis, il en est cinq notamment auxquels le choix d’Euro-Ring apporterait des atouts non-négligeables :

- Les thèmes de démocratisation de l’UE, légitimité institutionnelle, rapprochement de citoyens,… sont au cœur désormais de toute la réflexion sur l’avenir de l’Europe. Jusqu’à présent ce débat est resté éminemment théorique faute d’ancrage opérationnel : comment faire pour légitimer une institution sans la questionner fondamentalement ? comment faire pour rapprocher des citoyens sans déplacer les institutions ? Un participant a eu cette phrase : « On voit bien comment rapprocher des institutions des citoyens ; alors qu’on voit mal comment rapprocher 500 millions de citoyens des institutions ». De fait, choisir comme cœur institutionnel de l’UE, un réseau de capitales comme Londres, La Haye, Bonn, Cologne, Paris, Francfort, Bruxelles, Rotterdam, Amsterdam, … rapprocherait de facto l’Europe de près de 200 millions de citoyens européens (une base de légitimation nécessaire).

- La renforcement de la place de l’Union dans le monde est un autre défi auquel l’Europe est désormais confrontée. Or comment affirmer l’existence de l’Europe au regard du monde extérieur lorsque les villes références sont Bruxelles, Luxembourg ou Strasbourg dont personne n’a jamais entendu parler ? Comment donner l’image d’une entité forte lorsque le monde extérieur peut à peine situer géographiquement, culturellement ou historiquement ses capitales. Une entité forte s’ancre dans des villes fortes. Après la Chute du Mur de Berlin, l’une des premières mesures prise par l’Allemagne pour signifier à tous son unité et sa grandeur retrouvée fut de déplacer ses institutions de Bonn à Berlin.

- L’UE est la première puissance commerciale du monde et la deuxième puissance économique. Mais pour le rester la concurrence est rude. Notamment, pour faire face aux ensembles « Kyoto-Tokyo », « Los-Angeles-San Francisco », « Boston - New-York –Philadephie », l’UE a besoin de renforcer et développer une « conurbation globale » capable d’être un nœud vital de l’économie, de la recherche, des finances, de la culture mondiale. Une seule région est en mesure de jouer ce rôle, l’EuroRing « Londres-Delta Metropolis (Amsterdam-La Haye-Rotterdam-Utrecht) -Rhein Gebiet (Cologne-Bonn-Francfort) - Paris », la « North Western European Conurbation ». En effet, de même que les états s’allient afin de constituer des pôles économiques compétitifs, les grandes villes constituent un deuxième degré d’intégration encore mal exploité au niveau transnational.

- Le problème du recrutement et des ressources humaines est devenu depuis une décennie un problème grave et récurrent des institutions communautaires. Les villes où elles sont localisées n’ont pas les bassins d’emploi à la mesure des besoins de ces institutions (que ce soit pour un recrutement de longue durée ou des missions plus courtes). Etant éloignées des grands pôles de compétence de pointe dans les domaines de la science, de la finance, de l’économie, de la politique, de la culture, … elles ne parviennent pas à attirer les personnels de haut niveau dont elles ont besoin malgré l’attractivité des salaires. Cette situation ira en s’empirant du fait du déclin d’image et de statuts de ces mêmes institutions depuis plusieurs années. Par ailleurs, cette situation génère de plus en plus une pratique de recrutement « incestueuse », où des membres d’une même famille occupent des postes dans la même institution ou dans celles situées dans la même ville. L’ampleur de ce phénomène renforce naturellement le caractère opaque et d’éloignement des institutions tout en diminuant leur compétence collective. Ainsi en matière de ressources humaines, la délocalisation dans les grands bassins d’emploi de la zone EuroRing pourrait apporter un double bénéfice : permettre des recrutements de meilleur niveau de compétences ; et démocratiser et élargir le recrutement au sein des institutions en empêchant des processus de type « regroupement familial » au sein de ces mêmes institutions communautaires.

- Enfin la question de la place et du rôle des villes dans l’édifice communautaire est plus que jamais au goût du jour. En effet, il apparaît peu à peu que les villes sont le « chaînon manquant » de l’intégration communautaire. Les institutions européennes, les états, les citoyens sont évoqués systématiquement comme les acteurs et futurs acteurs (pour ce qui est des citoyens) de la construction européenne au 21° siècle. Mais le débat sur la réforme institutionnelle n’intègre pas ou peu ou mal les villes. Et ceci parce que la bonne articulation n’a pas encore été trouvée : villes-relais d’Europe (top-down), mais de façon artificielle ; ou villes-lobbies d’Europe (bottom-up), mais pour des intérêts très localistes. Euro-Ring consistant à enraciner l’UE dans ses grandes villes historiques, apparaît comme une solution à la question de l’articulation des villes et du projet communautaire. L’affaiblissement croissant du poids des états dans le jeu communautaire contribue également à affaiblir les villes capitales choisies dans les années 50 car elles étaient un choix d’Etats.

III- Tirer parti des possibilités nouvelles offertes par les nouvelles technologies

« Parce qu’être éloigné, c’est aussi ne pas utiliser les moyens qui existent pour être plus proches »

En effet, des évolutions relativement récentes ont radicalement modifié l’environnement et les méthodes de travail :

- Les transports à grande vitesse ont considérablement transformé les rapports de proximité physique en Europe et la mobilité géographique. A ce jour les villes de Londres, Bruxelles, Paris, Cologne et La Haye se situent à moins de 3 heures les unes des autres. Les perspectives à 2006 connecteront… ; et à 2020… La concurrence que représentent les TGV en matière de transports en Europe amène peu à peu les compagnies aériennes à proposer des formules extrêmement bon marché, contribuant ainsi à la démocratisation et à la facilitation des connections intra européennes. Les contraintes qui avaient prévalues dans les années 50 sur le choix du regroupement des institutions autour d’un triangle extrêmement resserré ne pèsent plus de la même manière. Il est désormais facile d’envisager une plus grande déconcentration des institutions européennes sans nuire à la qualité du travail de leurs fonctionnaires/opérateurs.

- Les nouvelles technologies sont bien entendu l’autre révolution de la dernière décennie en matière de méthodes de travail. L’Internet et le email ont supprimé toute notion de distance dans la capacité à trouver de l’information, à se connecter à n’importe quelle structure, à communiquer avec ses collègues, à travailler à distance, en réseau. Avec ces nouveaux outils, il n’y a plus aucune raison d’être dans une même ville pour travailler mieux. Puisqu’il est devenu plus facile de communiquer avec son collègue de bureau par email que de vive voix. L’Internet a même permis de rationaliser cette tendance dite de la « réunionite » qui apparaissait au début des années 90 en réponse à une évolution des méthodes de travail en réseau, et finissait par faire perdre un temps précieux. Si les réunions physiques sont toujours indispensables, elles ont changé d’utilité ; la réunion de bureau du lundi est avantageusement remplacée par l’envoi d’un email-newsletter interne à tous les employés (de nouveaux outils dans ce domaine apparaissent quotidiennement).

- Enfin, les modes d’organisation ont changé de nature au cours des dernières décennies, passant du modèle pyramidal au modèle en réseau. Cette évolution liée à une triple contrainte d’efficacité, de complexité et de démocratisation de toute activité professionnelle, induit des changements importants dans la structuration même des entreprises et des administrations : les pyramides s’aplatissent, s’élargissent ; les degrés de la pyramide cèdent la place aux fonctions du réseau, les complémentarités s’organisent, les organisations se différencient clairement en entités complémentaires mais autonomes. Cet « éclatement » rationnel des organisations trouve facilement sa traduction physique dans une décentralisation, un déploiement géographique des structures.

Pour ces trois raisons notamment, il est devenu non seulement souhaitable, mais relativement facile de déployer les principales institutions communautaires sur un Euro-Ring au cœur du réseau des capitales européennes, formant ainsi une structure de base en réseau capable d’intégrer les évolutions institutionnello-géographiques de l’UE à l’avenir (élargissement, développement institutionnel…), « un Euro-Ring générateur d’Euro-Rings ».

IV- Admettre que le choix des capitales est déterminant pour la nature d’une entité politique

Quatre exemples présentés par différents participants devraient nous éclairer sur cette question :

- Nous avons déjà évoqué le cas particulièrement éloquent du changement de capitale de l’Allemagne lors de la Chute du Mur de Berlin. Cet exemple montre à quel point le choix de la capitale et les caractéristiques historiques de la nature de l’entité qu’elle représente sont liées. Et une question au cœur du projet Euro-Rings consiste justement à répartir avec jugement les fonctions institutionnelles et les villes.

- Les Pays-Bas fournissent un autre cas intéressant des formes différentes que peuvent revêtir les lieux de pouvoir. En effet, comme chacun sait, les Pays Bas n’ont pas une mais trois, voire quatre capitales : La Haye, Amsterdam, Rotterdam et Utrecht, qui structurent en continu leurs complémentarités : La Haye, capitale économique ; Rotterdam, capitale institutionnelle ; Amsterdam, capitale culturelle. Utrecht vient plus récemment d’être intégré à cette conurbation néerlandaise dans le but de constituer un pôle économique susceptible de concurrencer les grandes capitales européennes et mondiales : le Delta Metropolis. Le système hollandais est plein d’enseignements sur un modèle de capitale en réseau, sur le lien entre économique et politique, sur l’importance de la visibilité des lieux de pouvoir, sur la spécialisation de chaque ville…

- Le choix de la ville de Washington comme capitale des Etats-Unis, choix récent sur lequel nous avons une plus grande lisibilité, est également intéressant à examiner ; mais fonctionne en partie comme un contre-exemple. En effet, les raisons qui ont présidé à ce choix ne seraient plus forcément les mêmes aujourd’hui. Une capitale « ni trop au sud, ni trop au nord », ce sont des contraintes plus pratiques que symboliques qui ont prévalues dans le choix de la capitale de cet état tout neuf. La puissance symbolique des Etats-Unis, et donc sa capitale aux yeux du monde, réside dans le binôme New-York-Washington (système proche du modèle néerlandais). Et surtout, Washington est une ville ancienne pour les Etats-Unis. Elle est bien plus vieille que l’immense majorité des villes américaines actuelles. Là encore le « modèle » américain doit être resitué dans une juste perspective historique.

- Le choix de Luxembourg en 1952 comme siège de la Haute Autorité de la CECA nous a été décrit pendant ce séminaire, comme l’exemple parfait du compromis « communautaire », déconnecté de toute considération symbolique, démocratique ou historique. Ce choix s’imposa « parce que tout le monde était fatigué » et que le Luxembourg n’inquiétait personne. C’est pourtant sur ce type de « marchandages de tapis » que la structure géographique des institutions de l’UE se fonde encore aujourd’hui.

Ces quelques exemples nous montrent que le choix de la capitale d’une entité et des formes qu’elle peut revêtir correspondent largement à sa nature : une entité institutionnelle (CECA), une entité nouvelle (Washington), une entité politico-économique (Deltametropolis), une entité politique (Berlin) choisissent les capitales qui les représentent le mieux ; un choix qui mérite beaucoup d’attention parce qu’il façonne dans un second temps l’entité qu’il représente. Indéniablement, l’UE est arrivée à un stade de développement qui impose qu’on reconsidère le choix de sa (ses) capitale(s) sur des bases intégrant les facteurs démocratiques, historiques, politiques, démographiques, économiques et d’efficacité.

V- Identifier une convergence d’intérêts autour d’Euro-Rings

Etant donnés le contexte et les contrainte décrites précédemment, Euro-Rings apparaît comme une solution pratique sur laquelle peuvent converger les intérêts de tous les acteurs de la construction européenne :

. Pour les institutions européennes, Euro-Rings est incontestablement une base valable à la réflexion en cours sur les questions de légitimité, de proximité, de démocratisation, de bonne gouvernance….

. Les Etats-Membres, qu’ils soient 15 ou 25, verraient avec Euro-Ring une solution pour accroître la compatibilité entre leurs natures nature nationale et leurs fonctions européennes, la base pour une influence accrue, l’occasion de faire valoir des compétences spécifiques et d’augmenter la collaboration interétatique.

. Les villes, qui étaient jusqu’à présent le chaînon manquant de l’édifice européen trouveraient avec Euro-Ring le cadre de leur intégration pleine et entière dans le projet communautaire ; sans parler bien entendu des perspectives de développement économique que la mise en place d’Euro-Rings occasionnerait.

. De nombreux secteurs de l’économie trouveraient dans Euro-Rings un chantier et des opportunités sur le long-terme : transports, télécommunications, BTP, consultants…. de quoi contribuer de manière significative à l’économie et à l’emploi en Europe.

. Enfin, les citoyens bien sûr y trouveraient largement leur compte, améliorant sensiblement leur lisibilité des institutions et leur capacité à s’approprier le projet communautaire, et combinant leurs pôles de fierté nationale et leur contribution à l’édifice communautaire.

VI- Lancer opérationnellement le projet Euro-Rings

Le séminaire Euro-Ring 1 a permis de vérifier que l’hypothèse aussi ambitieuse soit-elle n’était plus absurde à formuler et qu’un travail de préparation de réorganisation géographique du système institutionnel européen pouvait désormais être mené. Euro-Ring 1 aura donc rempli sa mission de séminaire de lancement du projet Euro-Rings et permis d’identifier les axes de réflexion à approfondir ainsi qu’un agenda opérationnel :

- Les axes de réflexion qu’il est apparu utile d’approfondir pour mener à bien ce travail sont les suivants :

• Quelles contraintes externes imposent à l’UE de se doter d’une telle « conurbation globale », i.e. d’une zone qui par sa taille soit compétitive avec des zones identiques au niveau mondial (Tokyo, New-York…) ?

• En matière de ressources humaines, quels sont les besoins des institutions européennes à l’horizon 2020 quels avantages présenteraient les EuroRings dans cette perspective (ouverture du recrutement, connexion à des réseaux de compétences environnants, …) ? • Quel serait l’impact de la mise en place d’une structure institutionnelle décentralisée sur la fonction publique européenne ?

• Dans la mesure où il y a un lien fort entre le comment et le où on gouverne, quelles conséquences aurait une décentralisation des lieux de pouvoir sur la bonne gouvernance dans l’UE ?

• Quels sont acteurs non-étatiques de l’invention et la mise en œuvre du concept des Euro-Rings ? Et quel serait leur rôle ?

• Le séminaire ayant permis de passer du concept d’Euro-Ring, jugé trop limitatif, à celui des Euro-Rings, plus matriciel et adaptable aux évolutions des réalités géographiques de l’UE (élargissement), comment construire et faire fonctionner une structure institutionnelle organisée en cercles concentriques ?

• Comment évaluer, avec des éléments chiffrés, l’impact économique d’une telle réorganisation (impact de quoi et impact sur quoi ?) ?

• Comment intégrer pleinement les évolutions prévues en matière de transports et de nouvelles technologies dans les plans de réorganisation du système institutionnel de l’UE de demain ?

• Comment insérer le concept de réseau au cœur de l’architecture et des modes de fonctionnement du système institutionnel communautaire de demain ?

- L’agenda proposé pour poursuivre le projet Euro-Rings s’organise de la manière suivante :

1er semestre 2002 : Phase de lancement

• Création d’une liste de diffusion Euro-Ring regroupant les différentes catégories d’acteurs concernés (collectivités locales, Parlement européen, transports, télécommunications, consultants…)

• Tenue du séminaire de lancement (Paris – Hôtel de Ville, 15 avril 2002)

• Création du Groupe Fondateur EuroRings

• Création d’une section spéciale Euro-Rings sur le site www.europe2020.org

Septembre 2002- septembre 2004 : Approfondissement de la réflexion

• Tenue des Séminaires Euro-Rings 2, 3, 4, 5… (environ 1 tous les 2 mois) dans et en partenariat avec les villes intéressées (Londres, La Haye, Francfort, Cologne, Bruxelles…) sur les thèmes à approfondir (Conurbation globale, Répartition, Fonction publique, …)

• Construction du réseau de partenaires opérationnels et financiers du projet EuroRings

Fin 2004 : Présentation du projet Euro-Rings à l’opinion publique

• Organisation d’opérations de communication grand public, de sondages trans-européens…

CONCLUSION

Ce premier séminaire EuroRing se termine sur un succès certain. En terme de contenu, les travaux ont permis de valider la pertinence et la nécessité d’une réflexion stratégique et opérationnelle sur la question de la future localisation géographique des institutions européennes. Ils ont aussi permis de dégager clairement une prise de conscience que l’actuelle géographie constitue un obstacle à toute réforme sérieuse, durable et significative du système institutionnel hérité des années 50.

Il n’y a pas de réflexion possible sur l’avenir de la gouvernance de l’UE qui puisse faire l’économie d’une réflexion préalable sur la structuration du réseau des capitales, faute de rester aussi déconnecter de la réalité politique et historique de l’UE que peut l’être le débat sur la « triangulation institutionnelle ».

Parallèlement, tant en terme démocratique qu’en terme de compétition économique mondiale, il apparaît utile d’étudier précisément le « cœur » de ce système d’EuroRings (en effet à l’unanimité les participants ont décidé d’ajouter un »s » au titre du projet, soulignant l’existence plusieurs Euro-Rings concentriques), cette conurbation globale émergente du Centre Nord Ouest-Européen.

Il est enfin nécessaire d’examiner la structuration du réseau des villes capitales européennes notamment autour du deuxième cercle d’EuroRings (Madrid, Rome, Prague, Budapest, Varsovie).

Europe 2020 tient donc à remercier la Ville de Paris et les Groupe Fondateur du projet Euro-Rings pour leur confiance, leur ouverture d’esprit et leur imagination créative qui ont permis le lancement effectif du projet et leur donne dès aujourd’hui rendez-vous en Septembre pour « Euro-Rings 2 ».

A titre d’information, Europe 2020 a décidé qu’à partir de Septembre 2002 elle intégrait toute sa réflexion d’anticipation politique et institutionnelle de l’UE au sein des séminaires Euro-Rings. Il n’y a en effet pas d’avenir démocratique qui ne soit ancré dans des choix géographiques, pas de système politique qui ne repose sur des lieux et des villes précises. Europe 2020 fait donc siennes les conclusions de ce séminaire et les applique à ses propres travaux.



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